La retraite d'un professionnel libéral repose sur plusieurs étages : une retraite de base obligatoire, une retraite complémentaire obligatoire propre à chaque profession, et parfois une retraite supplémentaire facultative. Ce guide traite du premier étage — le socle commun géré par la CNAVPL — qui est aussi, le plus souvent, celui qui procure le moins de revenus au regard des cotisations versées.

Qui dépend de la CNAVPL ?

La Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales pilote le régime de base commun à 10 sections professionnelles, chacune gérant aussi la retraite complémentaire propre à sa profession : CARMF (médecins), CARCDSF (chirurgiens-dentistes et sages-femmes), CAVP (pharmaciens), CARPIMKO (infirmiers, kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes, orthoptistes), CAVEC (experts-comptables et commissaires aux comptes), CIPAV (architectes, ingénieurs-conseils, géomètres-experts et de nombreuses professions techniques), CPRN (notaires), CAVOM (huissiers de justice, administrateurs et mandataires judiciaires, greffiers des tribunaux de commerce), CARPV (vétérinaires) et CAVAMAC (agents généraux d'assurance).

Les avocats n'en font pas partie : ils relèvent de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), avec des règles propres.

Comment se constituent les droits

Contrairement à la retraite des salariés, la retraite de base des professions libérales fonctionne en points. Les cotisations versées sur deux tranches de revenus permettent d'acquérir un nombre de points chaque année :

  • la cotisation maximale sur la 1ère tranche (jusqu'au plafond annuel de la Sécurité sociale) ouvre droit à 557 points en 2026 ;
  • la cotisation maximale sur la 2de tranche (entre 1 et 5 PASS) ouvre droit à 25 points supplémentaires ;
  • le nombre de points est calculé au prorata des cotisations réellement versées sur chaque tranche.

La valeur de service du point, revalorisée chaque année, s'établit à 0,6599 € en 2026. La pension annuelle brute résulte simplement du nombre de points acquis multiplié par cette valeur — avant application, le cas échéant, d'une décote ou d'une majoration.

Exemple simplifié : un professionnel libéral qui cumule 550 points sur l'ensemble de sa carrière percevrait, au taux plein et à la valeur de service 2026, une pension annuelle brute d'environ 550 × 0,6599 € = 363 €... par point acquis chaque année de carrière pleine. C'est bien la somme de tous les points accumulés sur la carrière entière qui détermine la pension — d'où l'intérêt de vérifier régulièrement son relevé de carrière.

À quel âge liquider sa pension ?

L'âge légal de départ est aligné sur celui du régime général : entre 62 et 64 ans selon l'année de naissance. Il est possible de liquider sa pension dès cet âge, mais si la durée d'assurance requise (167 à 172 trimestres selon la génération, tous régimes de base confondus) n'est pas atteinte, une décote de 1,25 % par trimestre manquant s'applique — plafonnée à 20 trimestres manquants pour les générations les plus anciennes, et à 12 trimestres (soit 15 % de décote maximum) pour les assurés nés à partir de 1969.

À partir de 67 ans, la pension est systématiquement versée à taux plein, sans décote, même si tous les trimestres ne sont pas réunis. Des départs à taux plein dès 65 ans, voire avant, existent aussi pour certaines situations (invalidité, aidants familiaux, carrières longues, handicap).

Pourquoi ce régime de base ne suffit (presque) jamais

Chaque profession libérale cotise par ailleurs à sa propre caisse de retraite complémentaire, avec des niveaux de pension qui restent souvent modestes au regard des revenus d'activité générés pendant la carrière. Le régime de base CNAVPL, plafonné à 582 points par an (soit une acquisition de droits limitée même pour les hauts revenus), amplifie ce constat : au-delà d'un certain niveau de revenu, chaque euro cotisé supplémentaire n'ouvre plus aucun droit à la retraite de base.

C'est ce déficit prévisible entre revenus d'activité et pensions de base et complémentaire qu'il convient d'anticiper, en particulier via une épargne retraite dédiée (PER individuel), de l'assurance-vie ou de l'immobilier de rendement — des solutions qui, contrairement aux régimes obligatoires, restent entièrement pilotables selon vos objectifs et votre horizon de départ.

Avertissement : cet article a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en gestion de patrimoine, ni un conseil juridique, fiscal ou social personnalisé, ni une recommandation d'investissement, et ne remplace pas une étude individualisée de votre situation. La réglementation et la fiscalité évoluent fréquemment : les informations présentées reflètent l'état du droit à la date de mise à jour des sources indiquée ci-dessus et peuvent ne plus être d'actualité au moment de votre lecture. Avant toute décision, nous vous recommandons de consulter un professionnel accrédité (conseiller en gestion de patrimoine, expert-comptable, avocat ou notaire selon votre situation).