Un proche dont les facultés s'altèrent avec l'âge, la maladie ou un accident peut avoir besoin d'être accompagné dans les actes de la vie civile, sans pour autant perdre toute autonomie. C'est l'objet de la curatelle : une mesure de protection intermédiaire, moins contraignante que la tutelle, qui organise cet accompagnement tout en préservant l'essentiel de la capacité juridique de la personne protégée.

Qui peut être placé sous curatelle ?

La curatelle protège les personnes qui, sans être hors d'état d'agir elles-mêmes, ont besoin d'être assistées ou contrôlées de manière continue dans les actes importants de la vie civile — en raison d'une altération de leurs facultés mentales (maladie, vieillesse, affaiblissement) ou de leurs facultés corporelles empêchant l'expression de leur volonté. Le juge doit constater à la fois cette altération et la nécessité d'un accompagnement continu avant d'ouvrir la mesure : la curatelle ne peut être prononcée que si aucune solution moins contraignante (sauvegarde de justice, règles du mariage, mandat de protection future) ne suffit à protéger la personne.

Qui peut demander l'ouverture d'une curatelle ?

La demande peut être faite par la personne elle-même, son conjoint, partenaire de PACS ou concubin, un parent ou allié, toute personne entretenant avec elle des liens étroits et stables, la personne déjà en charge d'une mesure de protection, ou le procureur de la République. La requête doit être adressée au juge des contentieux de la protection (l'ex-juge des tutelles) du lieu de résidence de la personne à protéger, accompagnée d'un certificat médical circonstancié établi par un médecin inscrit sur une liste spécifique — une pièce obligatoire, sous peine d'irrecevabilité.

Le juge entend la personne à protéger avant de statuer (sauf si l'audition risque de nuire à sa santé), et rend sa décision dans un délai d'un an après sa saisine.

Le rôle du curateur

Le curateur n'est pas un gestionnaire du patrimoine de la personne protégée : il l'assiste dans ses actes, et ne la représente qu'exceptionnellement (en justice, ou pour percevoir certains revenus). Concrètement, la personne sous curatelle peut accomplir seule les actes conservatoires et les actes d'administration ; elle a besoin de l'assistance de son curateur pour les actes de disposition, qui engagent son patrimoine de façon plus significative.

Le curateur est en principe choisi dans l'entourage de la personne à protéger, selon un ordre de priorité fixé par la loi (conjoint, partenaire ou concubin en premier lieu, puis parents et alliés) — mais le juge tient aussi compte des sentiments exprimés par le majeur protégé. À défaut de proche disponible, un mandataire judiciaire à la protection des majeurs est désigné.

Curatelle simple ou renforcée : dans une curatelle « simple », le majeur protégé continue de percevoir et gérer lui-même ses revenus courants. Dans une curatelle « renforcée », le curateur perçoit les revenus sur un compte dédié et règle lui-même les dépenses — un régime plus protecteur, mais aussi plus contraignant, réservé aux situations qui le justifient.

Durée et fin de la mesure

La curatelle est prononcée pour une durée maximale de 5 ans, renouvelable — y compris pour une durée supérieure (jusqu'à 20 ans au total) lorsque l'altération des facultés de la personne n'est manifestement pas susceptible de s'améliorer, sur avis médical circonstancié. La mesure prend fin par mainlevée du juge, à l'expiration du délai sans renouvellement, ou au décès de la personne protégée.

Anticiper plutôt que subir

La curatelle reste une mesure judiciaire, avec ses délais et ses contraintes. Pour les familles qui souhaitent organiser à l'avance la protection d'un proche — ou la leur — d'autres outils existent : la désignation anticipée d'un curateur (par déclaration devant notaire), ou le mandat de protection future, qui permet de choisir soi-même, en amont, la personne qui gérera ses affaires le jour venu. Ces dispositifs méritent d'être intégrés à toute réflexion patrimoniale et successorale.

Avertissement : cet article a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en gestion de patrimoine, ni un conseil juridique, fiscal ou social personnalisé, ni une recommandation d'investissement, et ne remplace pas une étude individualisée de votre situation. La réglementation évolue fréquemment : les informations présentées reflètent l'état du droit à la date de mise à jour des sources indiquée ci-dessus et peuvent ne plus être d'actualité au moment de votre lecture. Avant toute décision, nous vous recommandons de consulter un professionnel accrédité (conseiller en gestion de patrimoine, notaire ou avocat selon votre situation).